La revue XXI – par Anthony Lozac’h

Si vous fréquentez souvent les kiosques – et aimez y flâner – vous aurez remarquer l’apparition et le développement d’une nouvelle forme de

magazine, format king size, qui ressemblent à de gros catalogues d’ameublement et de cuisine, la couverture cartonnée en plus. Même France Culture vient de s’y mettre, éditant une compilation mensuelle, et un magazine masculin aussi…

Le précurseur, c’est la Revue XXI (vingtetun), qui en est aujourd’hui au début de l’âge adulte, avec son 18e numéro – printemps 2012. 3780 pages publiées depuis avril 2008. C’est 15€ auxquels vous ajouterez 50 centimes depuis l’augmentation de la TVA. C’est cher. Et si vous vous abonnez, vous n’aurez pas de réduction. C’est chié. Mon magasin de presse n’en reçoit qu’un seul – faut arriver le premier, ou aller dans une bonne librairie.

Pourquoi vous parler de cette revue ? Parce que la revue est exceptionnelle, parce ce que le numéro est exceptionnel, et parce qu’il flotte*.

C’est du journalisme de profondeur, de terrain, qui parle du monde entier, des gens du monde entier, c’est un magazine qui alterne courts et longs – très longs récits, reportages photos et BD géographiques. Avec XXI vous avez un peu l’impression de poser les valises.

Le dossier principal est consacré à Nos cousins d’Europe – face à la crise. En Espagne, les pavillons ont poussé à Villanueva del Torre, à 30 kms de Madrid, dans le couloir de Henares. Ce village, s’est métamorphosé en quelques années sous le coup de projets immobiliers pharaoniques – on parle aujourd’hui de boomburbs – qui caractérisent la crise espagnole. On y rencontre ses familles de classe moyenne venues concrétiser le rêve pavillonaire à des prix imbattables, aujourd’hui coincées par la dette et le chômage.

Contraste avec cet autre reportage étonnant – Quatre jours à Davos – où les journalistes racontent comment ils se sont immiscés dans le gratin politico-économique mondialisé lors du célèbre forum mondial, grâce au truchement d’un « ami » de circonstance. Dans une ambiance new age, où le concept Beyond (au-delà) est utilisé à toutes les sauces, les journalistes décrivent une nuit stupéfiante à palabrer et deviser avec Christophe de Margerie, le patron de Total.

Seule concession à l’élection présidentielle – jamais évoquée dans le magazine, parenthèse enchantée – la présentation d’un modèle de réussite allemand, La bonne fortune de Künzelsau : une région rurale du ade-Wurtemberg qui abrite des dizaines d’entreprises prospères, créés par des entrepeneurs souvent sortis de la misère (non lu).

Chaque article est conclu par une mise en contexte (pour aller plus loin) de deux pages : repères, présentation d’ouvrages scientifiques, littéraires…

Les jeunes sont-ils égoïstes, paresseux et intolérants ? Un sondage a titillé la curiosité d’un photographe, Raphaël Helle, qui a suivi sur trois années des lycéens de Salins-les-Bains dans le Jura. C’est presqu’un roman-photo sur ce coup-là : Anthony et Victoria sont des ados sensibles, plutôt très bons élèves et bien intégrés. Pour l’anecdote, e photographe s’est dit enthousiasmé par les cours d’histoire de notre collègue Nicolas Arnaud (l’histoire-géo pour les Nuls), qui explique aux élèves de terminale : « Vous vivez une époque incroyable, l’histoire décrit à toute vitesse et vous avez les moyens de voyager, voir, comprendre, vous avez une chance incroyable. »

Et bien merci XXI pour de remettre en valeur ce beau métier de professeur, et merci XXI de nous permettre de mieux connaître ce monde si divers, qui bouge. Très utile pour les professeurs d’histoire-géographie.

Pour preuve une série d’articles qui se lient parfaitement à des thèmes du programme.

  • L’écrivain Jonathan Littel décrit Un enfer très ordinaire, celui de Ciudad Juarez, ville sur la frontière américano-mexicaine, du côte du crime et des cartels (non lu).
  • Les mammouths de Wrangel, une île au large de la Sibérie et du détroit de Béring. Une île stratégique dans la course au pôle (non lu).
  • L’appel de la « voix noire » est sans doute l’article qui m’a le plus marqué – Cette voie noire, depuis l’Afghanistan, draine de jeunes hommes, vers les rives rêvées de la Méditerranée, où beaucoup perdent la vie. Le récit s’appuie sur un témoignage d’un Pachtoune de 18 ans, qui s’est endetté fortement auprès de son oncle resté au pays, pour payer grâcement toutes les mafias qui organisent ce gigantesque trafic d’être humains sur l’ancienne route de la Soie : 6000 kilomètres entre les plateaux de Jalalabad et Birmingham, le petit Pakistan de l’Angleterre. Selon Frontex, l’agence qui coordonne la sécurité des frontières européennes, « sur 40000 jeunes qui ont migré vers l’Europe en 2010, la moitié viennent d’Afghanistan. » Le journaliste s’interroge sur les liens entre ces jeunes déracinés en Europe et Al-Qaeda. Si le Patchounwali, le code du peuple Patchoune, plus important que la charia, semble tenir ces jeunes hommes même à des milliers de kilomètres de chez eux, le sens de l’honneur les oblige, ainsi que sa famille, à rembourser les dettes. Or les sommes colossales investies par la famille fragilisent finalement les destins de ces migrants…
  • Planète à vendre, documentaire d’Arte, fait le point sur la spéculation sur les ressources alimentaires et la queête effrenée des puissances émergentes pour les terres agricoles. L’exemple paradoxal et scandaleux de l’Ethiopie est particulièrement développé, un pays qui adopte. Dans certaines plaines, au lieu de cultiver leurs terres, des ouvriers agricoles sont payés à la tâche, 50 centimes d’euros la journée, surveillés par des contremaîtres indiens, dans des fermes entourées de barbelés…
  • Une longue interview permet de rentrer dans l’intimité de Jean-Christophe Victor, qui évoque longuement ses parents, dont son père célèbre explorateur des pôles, ainsi que la genèse et la fabrique de son émission culte Le dessous des cartes. Il explique pourquoi sa projection préférée est celle de Peters, que la posture « occidentalo-centrée n’a plus de sens », que les cartes sont des constructions qu’il font appel à l’intelligence, tout en n’étant qu’une représention du réel.
  • Chaque numéro se conclut par un récit graphique – une BD quoi. Les reines de Saba nous parlent de la condition de vie des femmes du Yémen, dans une société très conservatrice, et où pourtant les modes de vie évoluent, non sans tensions et contradictions. Un beau témoignage qui pourrait servir en Education civique.

Voilà pour cette présentation de vacances. De toute façon, je n’ai ni l’obligation de tout lire, ni même l’envie. Et j’aime me garder des articles sous le coude. Mais là il flotte*. J’ai de l’avance sur le printemps, pas lui.

* selon la revue Bretons (mai 2012), les bretons sont de grands lecteurs de presse quotidienne. Un buraliste affirme que c’est parce qu’il pleut beaucoup…

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La série de J-F Parot : Nicolas Le Floch

La série de romans policiers écrits par un diplomate, Jean-François Parot, le aventures de Nicolas le Floch, commissaire au Châtelet chargé des enquêtes extraordinaires, est un régal ! Cela fait plusieurs années que je me plonge avec délices dans ces polars et je profite de la naissance de notre nouveau blog pour vous en faire part.

Non seulement les intrigues sont bien construites et palpitantes, mais en plus le décor et les personnages nous plongent dans le Paris de la seconde moitié du XVIIIè siècle.  La 1ère intrigue est située en 1761, c’est L’Énigme des Blancs-Manteaux, on passe du règne de Louis XV à celui de Louis XVI jusqu’à la dernière énigme parue L’enquête russe qui se déroule en mai 1782 lors de la visite du tsarévitch Paul (fils de Catherine II de Russie) et sa suite à Paris.

Tout est réuni pour une plongée dans cette période de l’histoire : les problèmes sociaux, sanitaires, les intrigues de cour, la diplomatie …

Les personnages de l’entourage de Nicolas le Floch sont hauts en couleurs. Les personnages romanesque comme Catherine la cuisinière  alsacienne de M de Noblecourt, mais aussi Semacgus, chirurgien de marine, anatomiste ayant le droit de faire des expérience sur les cadavres de la Basse-Geôle et que Nicolas charge des autopsies dans ses enquêtes où, il est vrai les cadavres sont souvent très nombreux.

Mais aussi les personnages historiques : de Louis XV à Marie Antoinette, en passant par Sartine, lieutenant général de police, charge qu’il occupe jusqu’en mai 1774, date à laquelle il devient secrétaire d’État à la Marine,J-F Parot  en fait un personnage sujet à de fréquentes sautes d’humeur et un collectionneur de perruques.

Les lecteur plus curieux, pourront d’ailleurs se rendre sur le site consacré à cette série. Ce site est en lui-même une mine d’informations non seulement sur les éléments de la série mais surtout sur l’époque historique  les lieux, le contexte, les personnages, tout y est pour une prolongation de la lecture de ces romans policiers décidément très recommandables. Pour des élèves, plutôt des lycéens !

Une thèse a été publiée récemment  » Nicolas le Floch, le tableau de Paris » par Pascale Arizmendi. Un blog en rend compte. ainsi qu’un entretien en ligne de J-F Parot et Pascale Arizmendi le 8 novembre 2.

Les images d’archives face à l’histoire de Laurent Véray, 2011

« Les images d’archives jouent un rôle dans la construction de l’événement historique, sa transmission, sa mémoire. » Les enseignants d’histoire géographie que nous sommes, utilisateurs quotidiens ou presque d’images d’archives dans nos cours, avons tout intérêt à réserver une petite place sur les étagères de nos bibliothèques à cet ouvrage.

En effet, avec beaucoup de passion, Laurent Véray construit sa démonstration autour de trois grands chapitres. Une première partie est consacrée à la conservation et la valorisation des archives animées depuis le début de XXe siècle.  Ce point est particulièrement précieux dans le cadre des enseignements d’exploration en seconde pour aborder les questions liées au patrimoine.

Ensuite, l’auteur revient sur les différentes formes d’appropriation des images d’archives. De quoi nourrir notre réflexion lorsque nous utilisons des films de fictions ou documentaires avec nos élèves. C’est aussi un ouvrage salutaire pour nous incliner à la prudence face à quelques grosses productions audiovisuelles du type Apocalypse.

Et enfin, la dernière partie est constituée pour l’essentiel d’études de cas (on y retrouve des analyses des travaux de Chris Marker, Boris Lehman, Marcel Ophuls, Claude Lanzmann, Rithy Panh,  et j’en passe), bref,  une mine d’exemples pour travailler dans le cadre de l’histoire des arts.

Où trouver l’ouvrage ?

MetaMaus – Art Spiegelman

Dans ce livre Art Spiegelman raconte et explique la genèse de Maus. Son travail et sa vie sont étroitement mêlées, si bien que les entretiens reviennent sur sa vie d’artiste, son lien à la BD. On y évoque aussi les relations avec ses parents, surtout son père, survivants d’Auschwitz. Mais aussi sa propre famille (sa femme et ses deux enfants).

Il revient donc sur le pourquoi du choix de la BD pour traiter de la vie de ses parents, mais aussi le choix de dessiner des chats et des souris pour les nazis et les juifs. Sa façon de dessiner, de mettre en page, etc sont développées. Et à chaque fois, des illustrations et des photos viennent appuyer les propos.

De plus, le livre est couplé avec un dvd : on y trouve les 2 tomes de Maus numérisés, mais aussi énormément d’archives sur la famille (arbre généalogique, photos…), enregistrements transcrits de son père, film de sa visite à Auschwitz…).

C’est donc une passionnante lecture : sur la genèse d’une oeuvre d’art mais aussi sur la difficulté de vivre des survivants et leurs enfants.

Mais c’est aussi un outil indispensable pour le cours d’histoire : non seulement pour une étude en histoire des arts, mais aussi pour l’utilisation des archives pour traiter de l’extermination.